Actualités de Jérusalem

Soeur Paula

Soeur Paula (1929-2019) , qui était Rachel, fille de Faygué et Simha,

est morte samedi dans sa chambre au couvent bénédictin sur le Mont des Oliviers.

 

 

Paula, une femme de petite stature, énergique et souriante, aux yeux bleus et avec un visage qui ne trahissait pas son âge. Samedi dernier, lorsqu’elle a rendu son âme au Seigneur, elle était proche de son 90e anniversaire. Tous ceux qui l’ont connue et aimée sont unanimes qu’elle alliait la pureté avec une bonté sans bornes. Elle était de ces rares personnes de ce monde auxquelles personne n’en n’a jamais voulu ou n’a ressenti ne serait-ce que le moindre sentiment négatif envers elle. De plus, il me semble aussi que tous ceux qui l’ont connue sont bien d’accord là-dessus : cela faisait longtemps déjà qu’elle voulait fermer les yeux et quitter ce monde et aller vers d’autres cieux. Sœur Paula, Rachel fille de Faygué et Simha, toujours souriante et pleine de bonté, avait en elle un abysse de tristesse. La nostalgie de sa famille juive disparue au cours de cette terrible guerre sur le continent chrétien, a pris fin cette semaine avec son enterrement au couvent du Mont des Oliviers qui surplombe la capitale d’Israël, Jérusalem.

Sœur Paula Couvent des Bénédictines au Mont des Oliviers' Dimanche des Rameaux

L’histoire de Rachel, fille de Faygué

Sœur Paula est née en 1929, sous le nom de Rachel, fille de parents juifs aisés, dans la ville de Lomza (Łomża). La mère, Faygué, est morte peu de temps après sa naissance et le père, Simha, s’est remarié avec une femme gentille et maternelle dans son rapport avec Rachel/ Paula. Quelques années plus tard est né son petit frère – Yitzhak. En septembre 1939 les Nazis sont arrivés en Pologne et à l’époque où il y avait encore de la coopération entre la Russie et l’Allemagne, le père de Paula (qui avait maintenant dix ans) a été enrôlé de force dans l’armée russe, où il fut blessé. Sa femme eut l’occasion de le visiter à deux reprises à l’hôpital, mais une fois que les Allemands eurent abandonné l’alliance avec les Russes, il semblerait que les Nazis l’ont tué, car à la troisième visite de sa femme à l’hôpital, il n‘était plus là.

La prochaine phase fut le ghetto : Paula, sa mère et son petit frère s’entassèrent dans une petite pièce avec des membres de leur famille – où ils vécurent pendant environ un an.

« Au début les Nazis ont pris l’argent et les objets précieux des Juifs et lorsqu’il ne resta plus rien à prendre – ils ont commencé à prendre les Juifs au « travail », alors qu’en fait ils les emmenaient dans la forêt pour les tuer, selon l’histoire du cousin germain ».

Comment l’as-tu su ?

« Un jour j’ai grimpé sur le portail du ghetto et j’ai observé comment on emmenait les vieux et après ça les enfants, mais je n’imaginais pas encore à l’époque qu’on les menait à leur mort ».

Lorsque fut organisée une fuite hors du ghetto avec l’aide de « bons Polonais», elle fut attrapée par la Gestapo et interrogée :

« où avais-je l’intention de me rendre? Et j’ai dit que je ne savais rien. Quand ils m’ont arrêtée j’étais sûre qu’ils allaient me tuer, mais ils m’ont ramenée au ghetto. J’y ai passé encore deux jours ou trois et alors la famille polonaise qui nous assistait nous a fait signe qu’on pouvait sortir et elle nous a aidé à aller dans la forêt – toute la famille. Il faisait froid et il y avait une neige polonaise de deux mètres de hauteur. Les Polonais nous ont aidés pour faire du feu et avec la nourriture. Nous avons été dans la forêt jusqu’au moment où on nous a averti qu’il allait y avoir une rafle et qu’il fallait absolument prendre la fuite, chacun dans une autre direction. Pour chaque Juif que l’on remettait aux autorités on recevait trois kilos de sucre ou une pension alimentaire ».

Voilà les faits de novembre 1942 jusqu’au 6 janvier 1943.

Une jeune fille de 14 ans entre la mort et la statue de Jésus
 

« Le 6.1.1943 j’étais avec une amie et il y avait de la neige poudreuse et c’était le jour de l’Epiphanie et il y avait des chasseurs polonais qui nous ont vues sur le chemin ; j’avais un manteau de riches, alors ils ont compris que nous étions juives et ils ont commencé à jeter des boules de neiges sur nous. J’ai regardé le chemin devant nous et j’ai vu une chapelle et une croix et j’ai dit à mon amie : « Si nous nous accroupissons ils penseront que nous sommes chrétiennes. » Ca a été un miracle pour nous parce qu’ils ont arrêté immédiatement. J’ai vu sur la croix quelqu’un qui souffrait. Comme moi. Je ne suis pas capable de dire ce qui s’est passé. C’est difficile à décrire. « Tu es juif » j’ai dit , « tu souffres et nous aussi ! Toi aussi tu vis – et tu vas me sauver !!! » A ce moment même nous avons été sauvées ; après cela j’ai passé deux mois dans un garde-manger avec des pommes de terre et j’ai prié à Dieu « Tu sais que je ne veux pas devenir chrétienne – ils sont méchants ! mais si je sors d’ici… alors… tu me garderas ! » Mon amie, Sarah, qui «était avec moi, ne s’est pas convertie et elle vit aujourd’hui en Australie. »

Elles décidèrent de se séparer et de suivre chacune son chemin. 20 ans plus tard Sarah a renouvelé le contact.

« J’ai survécu mais je voulais mourir ! Je ne voulais pas dire que je suis juive, je suis passée d’une maison à une autre en disant que je suis orpheline. Je me suis inventée un nouveau nom et finalement il y a eu une famille qui a bien voulu me prendre. J’ai vécu chez une famille allemande, je prétendais être une orpheline polonaise et j’étais obligée d’aller à l’église, de célébrer les fêtes, d’aller à la confession… pour garder le bébé de la famille, nous y allions à tour de rôle : une fois c’était la mère qui allait à l’église et l’autre fois c’était moi. Ils avaient une fille âgée de 12 ans qui est devenue mon amie et à la fin je lui ai avouée que j’étais juive et que je voulais me faire baptiser, alors elle m’a montré ce qu’il fallait faire à l’église et m’a présentée au prêtre et je lui ai raconté et il n’a pas voulu me croire que je suis juive, à cause de mon visage slave. A la fin il a parlé avec la famille et il m’a baptisé. »

Prière du Kaddish

Au couvent

“En 1945 je suis entrée au couvent bénédictin dans lequel je travaillais en tant que volontaire, et le couvent a refusé de me recevoir comme nonne. C’est là que des proches m’ont trouvée en 1949 après des années de recherches, mais je ne voulais pas qu’ils me trouvent. Je voulais qu’ils me croient morte. Quand ils m’ont trouvée j’ai dû leur écrire une lettre et la signer pour leur expliquer que je désirais vivre au couvent et que je ne voulais pas le quitter. C’est alors que le couvent a décidé de me recevoir en tant que nonne. Environ trente ans plus tard (1974) le couvent m’a donné la permission de sortir du couvent pour trois mois, j’ai obtenu un visa à Rome pour me rendre en Israël. A la suite de Frère Daniel (un juif polonais qui a été sauvé en Pologne, qui lui aussi est devenu un moine et est allé vivre à Haifa), avec lequel j’étais en contact par courrier, je suis arrivée à Haifa mais je n’ai pas pu rester là et je ne voulais pas vivre dans la communauté mais dans un couvent, comme en Pologne. J’ai fait une demande de prolongation de mon absence à mon couvent en Pologne et finalement je suis arrivée au couvent sur le Mont des Oliviers. Là m’attendait une vie difficile : il y faisait plus froid et la pauvreté y était plus grande. Mais la vie dans l’ordre bénédictin c’est comme la vie des juifs : des prières et des règles.

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